mardi 18 juillet 2006

Amour, Strings et Caïpirinhas


Vous aussi, vous êtes capable de prononcer des phrases aussi contradictoires que "C'est trop fort entre nous, mais si incident il y a c'est la vie", et aussi absurdes que "Notre projet c'est le mariage et pourtant je suis pas du tout pour à la base" ? Alors si c'est le cas, n'hésitez plus, participez à l'Ile de la Tentation, cette émission est faite pour vous. Malheureusement pour cette année, c'est rapé, puisque les heureux élus de la seule émission de télé où il n'y a rien à gagner mais tout à perdre ont déja été désignés. Et testés sous le soleil du Mexique.

Après une nouvelle (longue) année à chercher (vainement) à comprendre ce qui pousse ces couples à s'inscrire à une telle émission (5 ans que je cherche, je n'ai toujours pas trouvé et chaque année le mystère est plus touffu), c'est non sans un immense plaisir que ce 11 juillet, je rechausse mes espadrilles pour un nouvel été de sable chaud plein d'insectes, de muscles huilés à la végétaline, et de strings en lycra. Du bonheur en perspective donc.

Bien sûr j'ai échaffaudé des hypothèses pendant un an, des dizaines, des centaines, sans succès. Il en reste cependant une, qui me parait la plus plausible : Peut-être ces couples ont-ils accumulés tellement de RTT dans l'année que, ne sachant plus quoi en faire, et étant étroits financièrement à cause de l'emprunt sur 25 ans qu'ils viennent de prendre pour acheter la dernière Mégane Challenge gris métal (c'est bien le gris, c'est élégant, et puis en même temps c'est discret... et puis ça se revent toujours bien) de leurs rêves les plus fous (oui oui, la Challenge, celle avec des rétroviseurs extérieurs électriques chauffés individuellement et intégrant les rappels de clignotants de série sur toutes les finitions, des finitions comme ça madame, c'est un niveau d'exigence que vous ne verrez nulle part ailleurs), et n'en pouvant plus de passer l'intégralité de leur week-ends (du samedi matin à "alors cette semaine ça s'est bien passé ?" jusqu'au dimanche soir à "bon on y va après Drucker parce qu'on a de la route et puis après il va y avoir du monde" inclus) chez les parents d'icelle ou d'icelui tour à tour (m'enfin ma mère fait mieux le veau marengo quand même), afin donc de ne pas perdre ce magot de RTT qui fait lever des lycéens qui n'ont jamais travaillé de leur vie dans les rues au mois de mai au lieu de réviser leurs examens, qu'ils prennent la décision de partir 12 jours entièrement defrayés au soleil dans un endroit qu'ils n'ont pas choisi, avec des gens qu'ils n'ont pas choisi, dans un bungalow de 9 m2 qu'ils n'ont pas visité virtuellement en 3D sur internet avant, soumis au regard de millions de gens qui vont chasser le moindre écart grammatical qu'ils vont commettre après l'absorption de 4 caïpirinhas sous 45 degrés à l'ombre, et qui plus est... pas ensemble. Voilà, je pense que c'est l'explication la plus plausible.

Passons rapidement sur la présentation des candidats, ce sont les mêmes que l'an dernier. Enfin je crois, vu que je les ai oubliés. Oui il me semble bien que c'est une rediff, mais comme je n'en suis pas sûr, et que je suis maintenant assailli d'un affreux doute (c'est fou comme on perd vite la mémoire), ne passons pas rapidement, ils sont au moins aussi marrants que, au hasard, des François et des Laurence, des Sam et des Gwen (tiens c'est bizarre ces noms me disent quelque chose...).

Vincent et Mélanie, c'est le couple auquel on a déjà envie de décerner le grand cerf d'or (oui celui avec les grandes cornes qui brillent) tellement c'est dingue que leur couple ait pu tenir 2 ans. Lui il est "Agent immobilier à Paris", autrement dit il saute sur tout ce qui bouge. Enfin, comme il dit lui-même, il "aime le contact avec les gens". Voilà voilà. Il aime tellement le contact avec les gens toute la journée à faire vister des apparts à des clients potentiels qui seraient prêts à coucher avec Ben Laden pour avoir un 3 pièces avec terrasse sud-sud-ouest, qu'il remet ça tous les soirs en boîte avec des filles qu'il ne connaît pas, en mettant des chemises roses ouvertes jusqu'au nombril et en dansant sur des tables avec une bouteille de champagne à la main. Rien de plus normal, donc, pour sa fiancée Mélanie, "Prothésiste ongulaire à Roubaix" (oui ça existe). Est-ce besoin d'en dire plus ? Non, je pense que nous aurons bien assez de temps pour bien enfoncer le clou une prochaine fois. Et que l'hypothèse selon laquelle Vincent est chaud comme une chipolata sur le barbecue de mon voisin d'en bas un soir de France-Portugal va être rapidement vérifiée.

Daniel et Bérangère, c'est le couple solide qui a envie de construire. Du coup, hop on file à L'Ile de la Tentation, bon sang mais c'est bien sûr. Bon évidemment, il y a quelques détails qui clochent. Par exemple, ils se sont rencontrés au Cap d'Agde (et pourquoi pas pendant une séance multi-partenariale de culte orgiastique du gourou Raël pendant qu'on est dans la célébration de la beauté de la nature et de ses plaisirs ?). Bon après tout, pourquoi pas aller passer tout simplement une semaine de vacances tranquilles dans le plus grand site échangiste (ou naturiste, ou mélangiste ou les trois) d'Europe, c'est que l'arrière-pays est très joli, n'est-ce pas madame ? (ah zut mais où ai-je encore rangé ma carte bleue ?, c'est balot on sait jamais où la mettre). Bref, Daniel est "Agent de sécurité et d'accueil en complexe de loisirs nocturnes", autrement dit videur de boîte. Pourquoi ? Ben parce qu'il "aime le contact avec les gens" pardi ! Et Bérangère est "Professionnelle de la confection de mélanges colorés liquides", autrement dit barmaid. Pourquoi ? Ben oui, vous avez deviné.

Eric et Sandra, c'est un peu Big Jim et Barbie. Lui il est trop content d'être lui, et trop content d'avoir une si belle sacoch... euh une si belle femme à son bras. C'est trop la classe quand tu te balades dans la rue quand même, avec tes lunettes de soleil sur la tête parce que sinon tu vois rien (vu qu'il n'y a pas de soleil), et que t'as l'impression que tout le monde te regarde avec envie, enfin regarde la personne qui est à ton bras... oui c'est ça ta femme. Bref, lui est "Expert en passage de la première à la seconde, à la première, à la seconde, au point mort, à la première, à la seconde, point mort" , autrement dit, chauffeur de taxi à Paris. Et ça, c'est trop le kif pour Eric car quoi donc ? Et bien oui, Eric "aime le contact avec la clientèle", pour ne pas dire avec son public quoi. Parce que si le taxi d'Eric est aussi beau que ses chemises, moi je fais trois fois le tour du périph' avec. Oui enfin, le métro c'est bien aussi. Quant à Sandra, elle a fait "une école de mode" et est "dans le prêt-à-porter". C'est dit sobrement mais en même temps on comprend volontiers qu'on ne veuille pas s'apesantir trop sur le fait d'avoir déboursé 30.000 euros pour avoir un diplôme en carton servant à en ouvrir (des cartons) en demandant "vous faites du combien ?" toute la journée.

Last but not least, Harry et Emeline, c'est le couple trop cool. Elle, elle parle en essayant de ne pas bouger les lèvres en disant des trucs du genre "Ouais Harry c'est l'homme de ma vie, on est trop bien ensemble, on est trop complices tu vois". Et lui, il parle en fronçant les sourcils, en mettant les coudes en arrières et en écartant les jambes au maximum sur le canapé pour dire des choses du genre "Ouais je pense que je crois que j'ai envie que je sens que c'est la bonne et qu'il faut qu'on construise une relation ensemble pour l'avenir". Ils ont donc 15 ans et demi. Ah non ? Emeline, elle, est "Conseillère de beauté", autrement dit... ben je ne sais pas ce que c'est une conseillère de beauté. Peut-être que c'est les gens habillés en noir chez Séphora qui, dès que tu fais trois pas dans le magasin, viennent te dire "je peux vous conseiller monsieur ?... vous regardez les crèmes de jour ?... non ?... d'accord, mais n'hésitez pas alors... oui ?... pardon ?... ah non je ne connais pas ce parfum désolé il faudrait demander à ma collègue là-bas au fond du magasin qui est en train de discuter avec mon autre collègue". Enfin j'imagine que ça doit être un genre de boulot comme ça. Et lui, il est "Conseiller en articles de confection chaussants", autrement dit vendeur de chaussures en costard noir. Et je vous le donne en milles (allez, en cents), il s'épanouit totalement dans ce passionnant métier d'échange à genoux avec des personnes qui ne savent pas ce qu'elles veulent mais qui ne veulent pas dépenser trop, et pourquoi ?? Parce qu'il "aime la relation avec la clientèle". Et là, j'ai envie de dire que de la clientèle sur L'Ile de la Tentation, il y en a. Il y a du bon client et de la bonne cliente, c'est moi qui vous le dit. Préparons-nous donc à du conseil-clientèle de tongs sur-mesure de toute beauté, à en faire frémir mes espadrilles. A suivre donc...

Illustration : La jeunesse de Bacchus, peinture orgiaque de William Bouguereau (1884)

samedi 15 juillet 2006

Fin de journée, fin de semaine, fin de film


Alors c'est souvent cette même étrange sensation quand ça se termine. On a dit du mal de tout le monde pendant 2 mois et puis quand ça se termine on se dit plein de choses gentilles. On s'est ignoré pendant 8 semaines et le dernier jour on s'embrasse. On s'est détesté pendant 39 jours et le quarantième on se congratule et on se remercie. C'est souvent comme ça les tournages. Un peu comme les colonies de vacances à la fin de l'été, on avait hâte que ça se termine et puis quand ça arrive on se dit que c'est passé trop vite. Et qu'on s'écrira. Et on ne s'écrit pas.

(Photo : Ben / Paris, Juillet 2005)

mercredi 12 juillet 2006

Cet été, je suis espadrille


Bon finis les accès d'euphorie collective suivies de phases de détestations de l'humanité sous-terraine, il faut revenir à des choses raisonnables. La fatigue, l'alcool, le boulot, le foot... après on dit n'importe quoi. Donc je ne bois plus de bières le soir, je dors a nuit, je bosse moins... et je ne regarde plus le foot. Et ça va. Mais bon évidemment, le Mundial est terminé alors maintenant les Gueugnon-Sedan à domicile, je m'en tape un tout petit peu les espadrilles. D'ailleurs, et ça n'a aucun rapport, je suis passé aux espadrilles. Un sport beaucoup plus alcyonien (un synonyme de calme y parait, mais pas facile à replacer en conversation) et beaucoup moins coup-de-boulesque (un synonyme de mal de tête du dimanche soir). Ouais je crois que dans le fond, je suis plus espadrilles que crampons. Et puis forza italia quoi, ils sont pas mauvais au foot mais ils sont surtout rudement bons en statues.

(Photo : Ben / Rome, Piazza del Populo - Mai 2006)

jeudi 6 juillet 2006

Laideur 20 - Grâce 0


Ce soir dans le métro, je n'arrivais pas à regarder les gens. Ceux qui étaient en face de moi, je les trouvais tellement laids, que je me suis mis la tête dans les mains pendant 20 stations. Il y a des jours où je ne suis pas en phase avec l'humanité. En même temps, j'aime bien cette sensation de détester tout le monde, c'est un sentiment confortable. Mais il faut que ça passe, parce que c'est pas possible.

(Photo : Ben / Rome, Le Gaulois mourant, Mai 2006)

Euphorie 1 - Morosité 0


Ce soir dans le métro, je trouvais tout le monde sympa. Même ceux qui criaient fort, même ceux qui disaient n'importe quoi. Une sensation de partage, des gens heureux, une ferveur populaire déculpabilisante, c'était communicatif. J'aime bien cette sensation collective de griserie dégrisaillante. Mais ça va passer, parce que dans le fond je ne sais pas si j'y crois vraiment.

(Photo : Ben / Paris, Juillet 2006)

jeudi 29 juin 2006

C'est parti


On va enfin pouvoir acheter à nouveau plein de trucs qui ne servent à rien, ou qu'on n'aurait jamais eu l'idée d'acheter à un autre moment de l'année, juste parce qu'il y a des étiquettes dessus avec des pourcentages. Chouette.

(Photo : Ben / Dublin, Mai 2006)

mardi 27 juin 2006

Filtrage sensoriel


J'en suis arrivé à un point où je prends en photo des photos de quelqu'un qui a pris en photo des gens qui prenaient des photos de trucs sans intérêt. Ou des trucs intéressants, mais dont la photo n'a aucun intérêt. D'où l'intérêt. Car celui-ci est plus dans la photo de la photo que dans la photo elle-même, voire que dans le sujet lui-même. C'est comme dans le métro. Je me rends compte que je ne regarde pas les gens, mais je regarde les gens qui regardent les autres gens. Ce n'est plus du regard, c'est de la vache qui rit.

(Photo : Ben / Rome - Musée Captitolin, Exposition Martin Parr, Mai 2006)